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   La pluie se mit à tomber à grosses gouttes serrées. L'orage commençait à se déchaîner sur cette partie de la lande et déversait déjà un petit torrent de boue entre les sépultures du cimetière sombrepeau dans lequel venaient maintenant de mettre pied Roswyn et son compagnon elfe. Les deux jeunes gens, adossés contre la pierre formant la porte du tombeau duquel ils venaient de sortir, essayaient d'évaluer leur situation. Les vêtement trempés par l'eau dégoulinant sur leur visage et sur leur corps, ils observaient tant bien que mal les mouvements des guerriers et des archers-squelettes qu'ils avaient aperçus dès leur sortie des grottes. Ceux-ci, pas du tout dérangés par la quantité énorme d'eau qui s'abattait sur eux ne semblaient cependant pas s'être aperçus de la présence jusqu'à présent plutôt discrète des deux jeunes gens.

   Parlant bas, Elwyn risqua une boutade :    

   - Difficile de dire si oui ou non ceux-là sont comme nous, trempés jusqu'aux os ?

   Pas du tout amusée par cette réflexion, Roswyn répondit :

   - Essaye plutôt de trouver un plan pour nous sortir de ce mauvais pas car si ces êtres d'outre-tombe nous apercevaient, je ne donnerais pas cher de notre peau. Je te rappelle que nous en avions compté une vingtaine mais seul Nélos connaît leur nombre exact !

   Elwyn prit un moment pour réfléchir puis, semblant compter le temps qui s'écoulait entre deux coups de tonnerre tout en regardant droit devant lui, il dit à Roswyn :

   - Regarde, il n'y a pas de squelettes en face de nous, ceux-ci font maintenant leur ronde un peu plus loin, à gauche et à droite de notre position. Droit devant se dresse un tombeau dont la porte d'entrée est entr'ouverte. Si nous courons dans sa direction juste après qu'un éclair ait illuminé le cimetière, nous devrions avoir le temps de l'atteindre sans être vus avant qu'un second éclair ne nous fasse remarquer. Le tout est de savoir si ton pied te permettra de courir ?!

   - J'aurais préféré que l'on sorte de cet endroit plutôt que d'aller de nouveau s'enfermer dans un lieu qui pourrait encore nous faire subir des désagréments tels que ceux que nous avons connus dans les grottes que nous venons de quitter. Et pour ce qui est de mon pied, je ne sens rien actuellement mais je ne garantis pas qu'il supportera une course !

   - Il faut le tenter, nous n'avons pas d'autre solution pour l'instant, répondit l'Elfe. Nous ne connaissons pas la direction à prendre qui nous ferait quitter le cimetière et en outre nous tomberions immédiatement sur quelques gardiens des lieux qui n'hésiteraient pas à nous prendre en chasse. Ce sont les archers qui sont le plus à craindre !

   Vaincue par l'implacable réalité de la situation, la jeune fille dit à son compagnon :

   - J'ai compris. Donne le signal !

   Le jeune homme sembla pensif un court instant , voulant se convaincre de la faisabilité de mener à bien son idée. Subitement, il fit un geste envers la jeune fille et s'exclama :

   - Maintenant, en avant !

   L'éclair passé et l'obscurité enveloppant de nouveau le cimetière, les deux jeunes gens se mirent à courir droit devant eux. En quelques secondes ils atteignirent la porte entr'ouverte du monument d'en face et s'apprêtaient à y entrer lorsque, la douleur l'ayant subitement reprise, Roswyn s'écroula en poussant un petit cri.

   Deux squelettes qui revenaient lentement sur le chemin séparant les deux tombeaux, s'arrêtèrent en entendant le bruit occasionné par la chute de la jeune fille, hésitèrent un instant puis continuèrent leur ronde, n'ayant pu apercevoir quoi que ce soit d'anormal.

   Aidant Roswyn du mieux qu'il pouvait, le jeune Elfe la mit en sécurité derrière la lourde porte de pierre et s'apprêtait déjà à défendre chèrement sa vie. Après quelques instants, Elwyn comprit que les deux guerriers-squelettes n'avaient pu réellement distinguer le bruit occasionné par la chute de la jeune fille des bruyants coups de tonnerre provenant de ce violent orage qu redoublait d'empleur.

   Soulagé, le jeune Elfe pu enfin constater que l'endroit où ils se trouvaient, lui et Roswyn, n'était pas à proprement parler une sépulture mais plutôt une petite pièce faiblement éclairée par quelques torches appliquées sur deux murs opposés. En effet, aucune tombe n'avait été érigée dans cet endroit mais de nouveau, au bout de la pièce, une suite d'escaliers de pierre semblaient s'enfoncer dans les entrailles de la terre.

   Roswyn eût un mouvement de recul et dit :

   - Où cela va-t-il encore nous conduire ?! Je suis fatiguée de marcher dans ces grottes humides, quels genres de maudites bestioles allons-nous encore rencontrer ici et quand allons-nous enfin sortir de ces trous à rats ?

   Elwyn aurait voulu rassurer la jeune fille mais ne savait lui-même quoi répondre. Finalement il lui dit :

   - Nous ne pouvons que descendre ces escaliers, il est impensable de sortir à nouveau au dehors. Mais cette fois tu resteras tout près de moi, je ne tiens pas à ce que tu tombes à nouveau dans je ne sais quel trou ! Tu n'auras qu'à t'appuyer sur moi, je t'aiderai du mieux que je pourrai et quand nous trouverons un endroit sûr, nous nous arrêterons et tu pourras prendre un peu de repos.

   Roswyn ne répondit pas et se contenta d'acquiescer d'un signe de tête. Les paroles qu'Elwyn venait de prononcer lui semblaient de toute façon des plus réalistes, il n'y avait pas d'autre option que de s'aventurer à nouveau vers l'inconnu.

   Ils descendirent ainsi de nombreux escaliers, la jeune fille s'appuyant sur un bras de son compagnon. Ils entrèrent dans une nouvelle grotte où régnait une demi obscurité, l'endroit n'étant plus éclairé par des torches murales. Continuant leur chemin au rythme plutôt lent imprimé par Roswyn, les deux jeunes gens constatèrent bientôt que devant eux, s'ouvraient trois passages conduisant vers d'autres endroits remplis d'inconnu.

   De nouveau, Roswyn se mit à gémir, et s'adressant à Elwyn, lui dit :

   - Des grottes, des grottes... et encore des grottes ! Voilà maintenant un chemin devant nous, un à gauche et un autre à droite ! Lequel d'entre-eux allons-nous prendre, tu le sais toi ?

   Ignorant les paroles quelques peu agressives de Roswyn, le jeune homme aurait voulu la rassurer et lui répondre affirmativement mais il en était incapable, lui-même ignorant ce qu'il devait faire. Il s'étonna de la réponse que cependant il lança d'une voix ferme :

   - Prenons celui de droite, nous verrons bien où cela va nous mener !

   Pendant une demi-heure, s'égarant dans des endroits peu éclairés, imprégnés d'humidité et dans lesquels ils entendaient de temps à autre quelques bruits inquiétants , les deux jeunes gens continuèrent leur route en silence, les paroles devenant inutiles dans de telles circonstances.

   Bientôt, ils entrèrent dans une salle où régnait une relative douceur. Celle-ci, de nouveau quelque peu illuminée par deux ou trois torches accrochées à un mur, était encombrée de nombreux vestiges antiques parmi lesquels Elwyn trouva de quoi alimenter un feu.

   - Arrêtons-nous ici, dit-il à Roswyn, cet endroit me semble parfait pour se reposer un peu. Je vais faire un petit feu pour que nous puissions nous réchauffer. Heureusement que nos sacs sont imperméables et ont pu garder nos habits de rechange au sec, nous pourrons mettre ainsi d'autres vêtements pendant que nous ferons sécher les nôtres.

   Bientôt, le feu allumé par Elwyn commença à crépiter par devant les deux compagnons qui commençaient à trembler de froid, l'orage les ayant trempés jusqu'aux os.

   - Change tes habits pendant que je fais un tour dans le coin, je viendrai faire de même quand tu auras fini, lui dit le jeune homme en s'éloignant.

   - Hé, ne vas pas trop loin ! Surtout reviens vite, je ne veux pas rester seule dans cette pièce, je crois que je deviendrais folle !

   Quand Elwyn rejoignit la jeune fille après quelques instants, celle-ci, enveloppée dans sa couverture, encore toute tremblante malgré le brasier qui commençait à diffuser une chaleur plus importante, peinait réellement à se réchauffer complètement. Quelques moments plus tard, les deux jeunes gens, portant maintenant des vêtements secs, se mirent instinctivement à fouiller l'intérieur de leur sac. Une étrange sensation venait d'envahir leur esprit en même temps que leur corps.

   La faim !...

   Oui, bien sûr c'était la faim ! Ils n'avaient pas pas mangé à satiété depuis quelque temps déjà et un terrible tiraillement se faisait sentir dans leur estomac. Le sac de Roswyn était vide tandis qu'il restait une outre remplie d'eau ainsi qu'un petit morceau de viande séchée dans le sac du jeune Elfe. Celui-ci obligea la jeune fille à manger l'unique ration restante car plus que lui, elle avait besoin de reprendre des forces.
   Quand Roswyn eût terminé sa maigre pitance, Elwyn s'appliqua à confectionner un nouveau bandage au pied de la jeune fille.

   - Voilà, ça devrait mieux tenir maintenant. Je voudrais que tu dormes, tu dois récupérer de ta fatigue. Ensuite nous chercherons un moyen de sortir d'ici.

   - Oui je vais dormir mais je t'en prie, reste auprès de moi, j'ai trop peur de rester seule !



*   *   *

 

   Quelques heures plus tard, les deux jeunes gens reprenaient leur route dans les dédales de chemins et de grottes qui semblaient ne plus finir et ne conduire nulle part.

   A un moment donné cependant, Elwyn retint la jeune fille par le bras et lui dit :

   - J'aperçois une plus forte lumière, là-bas, sur notre gauche. Avançons prudemment mais gardons nos arcs en main. A propos, comment va ton pied maintenant ? 

   - Je ne sens aucune douleur et je marche presque normalement, ça devrait aller !

   Se faufilant lentement entre des blocs de roches qui s'éparpillaient çà et là dans la grotte où évoluaient les deux jeunes gens, ils atteignirent enfin le devant d'une pièce fortement éclairée. Cachés derrière une énorme pierre se dressant à la gauche de l'entrée de la pièce, ils virent tout au bout de ce nouvel endroit une large porte de chêne sculptée de motifs en bronze et par devant laquelle ils furent surpris de voir quatre sentinelles postés devant celle-ci. En effet, de chaque coté de la porte étaient dressés, immobiles, un guerrier et un archer-squelette.

   Regardant Roswyn, le jeune Elfe chuchota en désignant son arc :

   - Les archers d'abord, ensuite les deux guerriers à l'épée.

   Deux flèches tirées en même temps fusèrent à toute vitesse vers leur cible. Les deux archers-squelettes s'effondrèrent sur le sol et, au grand étonnement des deux jeunes gens, s'évanouirent aussitôt en une légère poussière fine qui virevolta un instant au dessus du sol. A peine les deux épéistes avaient-ils compris ce qui se passait que deux autres flèches les atteignirent mortellement et leur infligèrent le même sort qu'aux deux premiers gardiens.

   Après s'être assurés que personne d'autre n'occupait l'endroit, les deux jeunes amis coururent jusqu'à la porte avec la ferme intention de l'ouvrir. S'évertuant par tous les moyens à essayer d'ouvrir la porte qui ne possédait aucune poignée, Elwyn commençait à se décourager quand, alors qu'il passait la main sur un motif de bronze, un déclic se fit entendre et aussitôt la porte glissa contre le mur, découvrant tout un spectacle de beauté et de richesse qui l' étonna.

   En effet, la pièce dans laquelle ils venaient d'entrer était toute pavée de marbre. Les quatre murs étaient décorés de riches tapisseries représentant des scènes de chasse ou de travaux des champs. En regardant vers le haut, les deux jeunes gens pouvaient voir de nombreuses sculptures ainsi que des écritures provenant d'un ancien dialecte elfique ornant le plafond. Mais ce qui attira surtout le regard de ceux-ci, fut le tombeau, tout en marbre blanc, qui se dressait entre quatre colonnes de pierres au centre de la pièce et duquel semblait émaner une vague lueur spectrale. En comparaison des grottes et autres pièces visitées par les voyageurs, le temps semblait n'avoir eu aucun effet sur l'endroit.

   - Ceci ne peut-être que le tombeau de Maerwel, s'exclama Elwyn. Si ce que je pense est exact, alors, d'après la légende, l'anneau d'Ellen doit se trouver ici.

   A peine le jeune homme eut-il prononcé ces paroles, que, de la sépulture ouverte, un corps allongé s'éleva lentement, dans le silence le plus total, semblant ignorer la pesanteur. Il se redressa, fit un quart de tour vers la droite et descendit vers le sol où il se tint droit, face aux deux jeunes gens.

   Roswyn eut un mouvement de recul à la vue du mort-vivant mais très vite, elle se rassura et les battements de son cœur se firent moins rapides.

   En effet, drapé dans une toge toute blanche, le teint blême et un léger sourire aux lèvres, le Sombrepeau aux yeux rouges, Maerwel, le Sorcier-roi, la regardait d'un air bienveillant. Après avoir longuement fixé la jeune femme, il dit alors :

   - Je sais qui tu es et pourquoi tu es ici. Tu es l'Elue de la Prophétie et c'est la déesse Ellen qui t'a envoyée à moi !