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   Le temple d'Ellen, situé à l'extrême Est de la forêt des Blanpaux à Ismen-nethor avait été un chef-d'oeuvre d'architecture elfe de l'Ere Première. A l'époque de sa splendeur, quatre escaliers monumentaux conduisaient à la chambre sacrée où se dressait majestueuse, et haute d'environ six mètres, la statue toute blanche de la déesse. De nombreux jardins avaient été cultivés tout autour de l'imposante bâtisse. A l'intérieur de ceux-ci, plusieurs allées, pavées de pierres de couleur rougeâtre avaient été bordées de nombreux arbres exotiques et conduisaient à de nombreux parterres dans lesquels poussaient les fleurs les plus belles et les plus odorantes.

   Suite aux différentes guerres que les Elfes s'étaient livrées entre eux pendant une centaine d'années, l'endroit n'avait plus été entretenu. Aujourd'hui, les herbes folles recouvraient les chemins que l'on reconnaissait à peine tandis que les ronces et les lianes de la végétation qui avait envahit les lieux, grimpaient autour des colonnes, certaines d'entre-elles brisées ou effondrées, qui entouraient la gigantesque construction.

   Les trois tribus blanpeau actuelles avaient décidé depuis un certain temps déjà, de s'unir afin de remettre l'endroit à neuf. Cependant, les divergences politiques qui subsistaient encore maintenant parmi les Elfes des bois, faisaient qu'aucune rénovation n'avait à ce jour, été effectuée. Tout au plus s'était-on mis d'accord, depuis le vol des attributs sacrés de la déesse, de placer une dizaine d'archers appartenant à chaque tribu pour surveiller l'endroit.

   Chacun son tour, un village blanpeau nommait pour une année, un grand-druide qui était affecté au service de l'autel de la déesse et qui avait pour tâche principale de prier pour une nouvelle union sans faille de tous les Elfes. Cette année-là, le grand-druide qui avait pris cette fonction était un nommé Malalléel, issu de la tribu des Sedes-odaï et grand ami d'Aethelwyn.

   Ellen, cependant, n'était pas satisfaite du comportement de ses enfants qui se chamaillaient sans cesse et le bruit courait parmi deux des trois tribus que c'était exprès que la déesse avait choisi une humaine à la place d'une elfe pour lui confier la mission de retrouver ses bijoux dérobés. Cette volonté de la déesse, connue sous le nom de ''Prophétie d'Ellen'', ne satisfaisait cependant pas les trois tribus de la même façon. Si les Maleel-aels et les Sedes-odaï s'en accommodaient relativement bien, il en allait différemment en ce qui concerne les Tes-elwens pour qui le choix d'une humaine n'avait pu être décidé par la déesse elle-même, mais devait plutôt être le résultat d'une tractation intéressée par les deux autres tribus.

 

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   A la mi-journée, deux personnages se présentaient au poste de garde de l'enceinte du temple. Reconnaissant Elwyn, un des archers elfes se proposa directement de conduire les deux jeunes gens à l'habitation du grand-druide qui se trouvait dans une des dépendances de la chambre sacrée elle-même. A la vue du fils d'Ellawen, le vieil Elfe tout enjoué lui souhaita la bienvenue :

   - Elwyn... Ta mère m'a fait prévenir de ton arrivée et je suis très heureux de t'accueillir au sein du temple de la déesse. La dernière fois que je t'ai vu tu étais encore un jeune adolescent mais je m'aperçois que tu es devenu un vrai guerrier maintenant ! J'ai été agréablement surpris d'apprendre les exploits que tu as réalisés jusqu'à présent et je suis réellement fier de toi.

   Puis, se tournant vers Roswyn, il la salua et lui dit :

   - Et voici la jeune femme qui a été déclarée ''Elue'' par Ellen elle-même. Sache que je suis très honoré de te recevoir ici à Ismen-nethor. J'ai appris que tu étais habitée par un très grand courage, celui que t'a insufflé la déesse sans doute, mais je sais aussi qu'Elwyn et toi vivez actuellement une période de doutes qui vous accaparent depuis un certain temps déjà. Ne vous découragez pas cependant, la déesse aime de temps à autre, tester la foi de ses enfants mais leur permettre en même temps de pouvoir se ressaisir et continuer à agir selon ses volontés. N'ayez donc crainte, je vous aiderai à reprendre confiance en vous et vous remettre sur le chemin qu'Ellen a tracé pour vous. Les prières que j'ai préparées pour vous deux à cet égard vous conforteront dans la volonté d'accomplir l'immense tâche qui vous attend encore, celle de récupérer les derniers attributs de la déesse.

   Roswyn remercia Malalléel pour ses paroles encourageantes et lui assura qu'elle et Elwyn avaient mûrement réfléchi à leur décision de venir prier la déesse à Ismen-nethor et que c'était en toute humilité qu'ils s'agenouilleraient tous les deux par devant la statue d'Ellen. Ces paroles, prononcées par l' ''Elue'', eurent pour effet de rassurer le druide quant-à la sincérité affirmée par les deux jeunes gens et c'est en ces termes qu'il s'adressa à Roswyn :

   - Si tu veux bien m'accompagner, ton camarade et toi, derrière la statue, je vais vous montrer où seront rangés les attributs de la déesse dès que ceux-ci seront tous rassemblés. Auparavant, je vous demanderai à tous les deux de bien vouloir aller déposer vos armes au poste de garde près de l'enceinte du temple car ici, les seules armes autorisées sont les prières. 

   Au retour des deux jeunes gens, le druide passa la main sur l'arrière du socle de la statue , semblant chercher quelque chose. Il sentit bientôt un minuscule bouton sur lequel il pressa fortement, ce qui eut pour effet de faire glisser une partie de la pierre et de laisser apparaître un petit coffre qu'il ouvrit ensuite à l'aide d'une clé qu'il sortit d'une poche de sa robe. Les deux jeunes gens jetèrent un coup d'oeil dans le coffre et un large sourire illumina leur visage. En effet, l'anneau d'Ellen, qu'ils avaient récupéré au cours de recherches difficiles et parsemées de nombreux dangers, était déjà placé dans son écrin et semblait attendre d'autres bijoux pour lesquels un emplacement spécifique était réservé.

   - Voilà une partie du fruit de vos recherches, leur dit Malalléel. Quand vous aurez retrouvé le collier et la couronne, ceux-ci viendront tenir compagnie à l'anneau ici présent dans ce coffre et la déesse pourra alors rassembler nos trois tribus en une seule nation elfique. En attendant ce jour, mes prières s'élèvent vers Ellen à chaque heure de la journée pour permettre à la Prophétie d'être réalisée.

   Ce moment passé avec le druide au pied de la statue eut pour effet de réellement faire comprendre aux deux jeunes gens l'importance de leur mission et toute la responsabilité qui pesait sur leurs épaules mais étrangement, ils ressentirent une certaine légèreté les envelopper tout entiers et une grande sérénité se peignit sur leur visage.

   - Je vais maintenant vous montrer vos chambres, leur dit alors Malalléel. Chacun d'entre vous aura son propre endroit où passer ses nuits. Le pèlerinage à Ismen-nethor requiert une grande pureté d'esprit et de corps pendant les trois jours que vous passerez ici. Je viendrai chaque fois vous chercher pour prier la déesse ensemble et nos prières se réciteront à quatre reprises au cours de la journée, la première juste avant le lever du soleil. Vous passerez le reste du temps non consacré à la prière dans votre propre chambre où vous pourrez méditer sur le sens de votre existence en ce monde et requérir le pardon d'Ellen pour l' excès de négligence que vous avez montré.

   Pendant que se passaient ces événements à Ismen-nethor, deux jeunes Elfes de la tribu des Tes-elwens quittaient leur village du nord de la forêt des Blanpeaux et se dirigeaient, arc en bandoulière, vers l'Est, en direction du temple. Ils marchèrent longtemps en silence puis, après avoir traversé la rivière qui s'écoulait depuis le Nord pour se jeter très loin au sud dans la Mer des Ténèbres, l'un des deux personnages, une jeune Elfe, demanda à l'autre :

   - Mais dis-moi Wyglen, comment as-tu appris que l'humaine et l'Elfe Elwyn partaient en pèlerinage à Ismen-nethor ?

   Le fils de Themwyel et Illieen regarda sa soeur Cylin en souriant et lui répondit :

   - C'est l'ambassadeur Irriël qui m'en a informé, tu sais que rien ne lui échappe et qu'il est toujours au courant de ce qui se passe dans chacune des tribus ! En tout cas, nous nous posterons le long du chemin assez loin du temple en attendant leur retour et là, nous nous débarrasserons d'eux une bonne fois pour toutes !

   Trois jours plus tard, Roswyn et son compagnon quittaient le site d'Ismen-nethor. Ils remercièrent le grand-druide de les avoir accueillis aussi chaleureusement et de son côté, Malalléel les félicita encore pour l'attitude extrêmement positive qu'ils avaient montrée lors de leur séjour.

   - J'informerai Ellawen et Aethelwyn que la déesse a été très touchée par votre humilité et votre sincérité, dit-il aux deux jeunes gens. N'oubliez pas de les saluer et dites-leur que je leur envoie les bénédictions d'Ellen. Ah, faites aussi part à mon vieil ami Aethelwyn de mon désir de le revoir très vite ici à Ismen-nethor.

   Quelques instants plus tard, les deux jeunes gens disparaissaient de la vue du grand-druide. Ils marchaient allègrement en plaisantant et en riant de tout et de rien quand, après avoir cheminé plusieurs heures sous un magnifique soleil, le temps se mit subitement à changer. De sombres et menaçants nuages s'avançaient rapidement au dessus de la forêt et bientôt se firent entendre les premiers grondements du tonnerre.

   Ayant aperçu une petite cabane de chasseurs qui se dressait à une cinquantaine de mètres sur leur droite, Elwyn s'écria en montrant l'endroit du doigt :

   - Vite, Roswyn... Là-bas... Courons nous abriter !

   Le cabanon, maintenant abandonné, devait se trouver là depuis plusieurs années peut-être car il manquait des parties de toiture et la porte d'entrée qui gisait sur le sol avait dû être arrachée par les vents violents qui soufflaient dans cette partie de la forêt souvent sujette à de très fortes intempéries.

   Les deux jeunes gens furent néanmoins tout heureux de se trouver plus ou moins au sec et ils purent s'asseoir sur un gros rondin de bois taillé qui avait dû servir de siège aux chasseurs qui s'aventuraient autrefois dans ces lieux à la recherche de gibier.

   - Et bien, dit Roswyn à son compagnon, nous l'avons échappé belle... Maintenant il pleut à torrents et les coups de tonnerre se font de plus en plus rapides et plus puissants !

   - Oui, répondit Elwyn. L'orage est actuellement au-dessus de nous mais nous allons en profiter pour manger de cet excellent ragoût que tu nous as préparé avant de partir.

   Tout en mangeant, les deux jeunes gens discutaient des bijoux de la déesse qui restaient à retrouver et Elwyn demanda à sa compagne:

   - Où comptes-tu te rendre en premier lieu, dans le pays des Gobelins ou celui des Orques ?!

   - Je ne sais pas si cela a une grande importance, répondit Roswyn. Jusqu'ici nous avons eu une chance extraordinaire de retrouver l'anneau aussi rapidement mais pour ce qui est des artefacts restants, nous n'avons absolument aucune idée de l'endroit par lequel il faudra commencer nos recherches. Si tu n'y vois pas d'inconvénient, nous pourrions, dans un premier temps, nous rendre dans les Collines de Rochegrise afin d'essayer d'obtenir quelques indices sur le collier que, paraît-il, les Gobelins ont récupéré... Je pense aller voir le bailli Renaud de Rochegrise, le frère de dame Liliane de Sirgonia, peut-être que là-bas apprendrons-nous déjà quelque chose, sinon nous n'aurons plus qu'à parcourir la région au hasard, ce qui pourrait nous prendre énormément de temps.

   - Oui, et nous faire vivre des aventures dangereuses, dit Elwyn. Rien que de savoir que l'on doit parcourir le pays gobelin me donne froid dans le dos. Ces petites créatures fourbes et voleuses sont aussi dangereuses que des loups noirs et ne craignent pas de se battre jusqu'à la mort, nous aurons fort à faire !

   L'orage s'éloignait. Les coups de tonnerre s'espaçaient de plus en plus et bientôt, la pluie cessa de tomber. Un peu plus tard, le soleil réapparaissait entre deux nuages et les deux compagnons quittèrent la cabane qui les avait abrités pendant quelque temps.

   Après avoir parcouru plusieurs centaines de mètres en direction du Sud-Ouest, les deux jeunes gens entendirent derrière eux quelques légers craquements de branches brisées qui provenaient de l'intérieur de la forêt. A peine eurent-ils le temps de se retourner que deux flèches sifflèrent à leurs oreilles, les manquant de peu. Il se saisirent eux-mêmes de leurs arcs et s'apprêtaient à riposter quand deux nouvelles flèches furent décochées à partir d'un buisson. Touché par un trait qui l'atteignit juste en dessous de la clavicule gauche, Elwyn s'écroula sur le sol tandis qu'abritée derrière un gros chêne, Roswyn tira plusieurs flèches d'affilée en direction du buisson, ce qui eut pour effet de mettre en fuite les assaillants.

   Se tournant vers son compagnon, la jeune fille vit celui-ci grimaçant de douleur tandis qu'il essayait d'extraire la flèche.

   - Elwyn... Par Ellen..

   En poussant un cri, l'Elfe, aidé par Roswyn, arrachait la flèche de son corps et, sous l'effet de la douleur, perdit connaissance au grand désarroi de son amie. Complètement perdue, la jeune femme se rendit compte de l'urgence de la situation. Cependant, elle se trouvait déjà bien loin d'Ismen-nethor et encore plus loin du village des Sedes-odaï... Elle pensait que rejoindre le temple qu'ils avaient quitté depuis plusieurs heures maintenant était quasiment impossible. Laisser Elwyn seul dans la forêt, eut été de le mettre en danger vis-à-vis des bêtes sauvages et surtout des assaillants qui les avaient attaqués car elle ne savait pas si ceux-ci avaient quitté ou non les environs.

   Se souvenant des gestes et des plantes utilisées par Ellawen, certaines pour apaiser les douleurs et d'autres pouvant aider à la cicatrisation des plaies, Roswyn, surmontant son désarroi, se mit à chercher dans les environs et, après quelque temps, ramena une poignée d' herbes différentes qu'elle avait reconnues. Après avoir légèrement nettoyé la plaie de son compagnon à l'aide d'eau provenant d'une outre qu'elle sortit de son sac, elle se mit à préparer un mélange qu'elle appliqua sur la blessure de son ami. Celui-ci, toujours évanoui, était tout agité et son corps commençait à trembler. La jeune femme posa la main sur le front d'Elwyn et constata avec inquiétude que celui-ci avait de la fièvre. Elle pria Ellen pour que les soins qu'elle venait de prodiguer à son compagnon lui permettent d'aider à sa guérison puis, s'asseyant à même le sol, elle attendit pour voir comment allait évoluer la situation.

   Environ une heure plus tard, constatant que la fièvre d'Elwyn ne baissait pas mais au contraire avait tendance à augmenter, Roswyn laissa couler quelques larmes et s'en remit entièrement aux mains de la déesse que tous les deux avaient prié depuis trois jours.

   Bientôt, plusieurs bruits et des sons de voix arrivèrent jusqu'à la jeune femme et elle s'aperçut très vite qu'une dizaine de guerriers elfes apparaissaient au loin devant elle. Ignorant à qui elle avait à faire, Roswyn se saisit de son arc et se préparait à défendre chèrement sa vie quand elle reconnu les vêtements qui habillaient les Elfes.

   - Que la déesse soit louée, se dit elle rassurée, ce sont des guerriers Maleel-aels...

   Roswyn attira l'attention des nouveaux arrivants en criant et en faisant de grands signes. Ceux-ci s'arrêtèrent, d'abord étonnés, puis, comprenant les paroles de la jeune femme, se hâtèrent de la rejoindre.


*   *   *

 

   En Ombrie, la nécromancienne Zylnyel attendait avec impatience le retour du sorcier Arethos qui devait lui rapporter quelques cendres de Maerwel, le Roi-sorcier que le dieu Baal voulait ressusciter afin de gagner le combat auquel il s'était livré avec la déesse Ellen.

   Arethos, jaloux de la reine des Ombres que le dieu des Enfers lui avait préféré pour réaliser ses oeuvres néfastes sur terre, s'était juré de mettre des bâtons dans les roues à Zylniel pour lui faire avorter ses travaux. Il se rendit néanmoins dans le cimetière où se trouvait le tombeau de son frère Maerwel. Il savait que pour rendre son frère à la vie, la nécromancienne avait besoin de quelques cendres les plus pures ayant appartenu au Roi-sorcier. Bien qu'il ne fut pas un nécromancien, Arethos savait néanmoins que le fait de mélanger des cendres de son frère avec d'autres ayant appartenu à un corps étranger devrait faire échouer l'expérience, et d'autant plus que ce corps étranger fut celui d'un être non-humain.

   Ayant procédé à son macabre travail de récolte de cendres, il quitta les Landes Sombres et rentra dans son antre situé dans le château de Roncenoir. Il se mit aussitôt à parcourir quelques vieux grimoires à la recherche d'indices pouvant lui permettre de trouver une solution à son macâbre projet.

   Le travail du Sombrepeau lui prit quelque temps car il dut consulter de nombreux livres avant de finalement trouver ce qu'il recherchait. Après avoir plusieurs fois lu la page qui avait attiré son attention, un large sourire apparut sur son maigre visage et il s'exclama :

   - Maudit sois-tu, dieu des Enfers... Tu voulais me tenir à l'écart et utiliser la nécromancienne pour réaliser ton oeuvre mais voilà que tu me donnes la solution pour contrecarrer ton plan... Je vais enfin obtenir ma vengeance !

   Au même moment, dans son château qui se déplaçait lentement le long d'une haute chaîne de montagnes où régnait une brume persistante, , Zylniel, la reine des Ombres, s'entretenait amicalement dans ses appartements avec Cédric, l'aîné des quatre prisonniers qui avaient été amenés par Arethos avec le consentement du duc de Roncenoir.

   Répétant sa question à nouveau, le jeune homme demanda à la reine :

   - Mais dis-moi, Zylniel, qui sont donc ces êtres étranges sans visage, se mouvant au-dessus du sol et qui forment ton armée ? D'où viennent-ils et qui sont-ils, on dirait des fantômes ?!

   La jeune femme, qui s'était prise d'amitié pour le jeune frère de Bertrand mais qui d'habitude aimait laisser flotter un certain mystère en ce qui concernait l'étrangeté du monde dans lequel elle vivait, devint subitement plus volubile. Ses grands yeux d'un noir profond fixèrent ceux de Cédric et c'est avec un léger sourire qu'elle répondit :

   - C'est une bien longue histoire mais je suis disposée à te la raconter :

   - Tous ces personnages qui sont avec moi ici au château et ceux qui gardent les frontières en dehors du château sont des chevaliers ayant été de grands guerriers pendant l'Ere Première. Un dieu contre lequel ils combattaient les a vaincu et les a plongés sous leur forme actuelle dans un monde où n'existent ni morts ni vivants. Ils furent ainsi transportés dans le Grand Néant jusqu'à ce que le dieu Baal les envoie en Ombrie et les soumette à ma volonté.

   Très étonné, Cédric demanda à la reine :

   - Je sais qu'ils ne parlent pas, ni entre-eux ni avec toi... Mais, s'ils ne sont ni morts ni vivants, comment fais-tu pour communiquer avec eux... Comment peuvent-ils te comprendre ?

   - Nos pensées, transportées par des ondes éthériques sont notre unique moyen de nous comprendre, répondit Zylnyel. Ces êtres sont des esprits, et ce que je demande à l'un est compris par tous les autres présents autour de moi. Aussi peuvent-ils communiquer entre-eux de la même manière. Ils me sont d'une fidélité à toute épreuve et obéissent à chacun de mes ordres. Il ne connaissent ni la peur ni aucun des besoins ni sentiments que pourrait ressentir un humain, que ce soit la faim, la soif, le sommeil, l'amour ou la haine. Cela fait d'eux d'excellents serviteurs mais ce sont surtout de redoutables guerriers. Le seul problème est qu'ils ne connaissent pas la hiérarchie et n'ont, à part moi, pas de commandant. Cela m'ennuie énormément car je dois beaucoup me consacrer à mes travaux et n'ai donc pas le temps de m'occuper de tout ce qui ressort du combat.

   La jeune femme regarda le frère de Bertrand un long moment sans parler, puis ajouta :

   - Par contre, toi tu pourrais t'en occuper, et prendre ce commandement à ma place !

   Complètement abasourdi par les paroles de la reine, le jeune homme balbutia :

   - Mais... Comment ? Je ne peux moi-même communiquer avec eux... Cela est impossible ?!

   - Rien n'est impossible à Zylnyel, répondit la reine. Tu sais que je suis une puissante sorcière.  J'ai le pouvoir de te mettre à leur tête et de faire qu'ils t'obéissent, pour autant que tes actes ne soient pas contraires à mes intérêts. Qu'en dis-tu, es-tu d'accord d'être le commandant de mon armée ?

   Muet quelques instants mais réfléchissant très rapidement, Le jeune homme accepta la proposition de la nécromancienne. Après tout, peut-être était-ce là une opportunité pour pouvoir s'évader de l'Ombrie en emmenant avec lui son frère Lothaire et ses deux soeurs, Aliénor et Gwendolyn ?