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Le Cycle de Salûn - Tome 1 : Une Etrange Destinée
 

Chapitre 3 : Partie 22 : Une cabane dans les bois

 

   L’homme poussa la lourde porte de bois. L’intérieur de la cabane était plutôt confortable, et sans rapport aucun avec l’idée qu’on pouvait s’en faire de l’extérieur. Sur la droite, se dressait une petite cheminée en pierres, au milieu de la pièce, on trouvait deux bancs en bois disposés autour d’une table en chêne, et sur la gauche, étaient installés un petit lit bien douillet, ainsi qu’une grande armoire, et un large buffet.

 - « Venez vous asseoir à table. » reprit l’homme.

   Maïko et Cécilia s’exécutèrent, tandis que l’homme se mit à son aise, sur le banc d’en face.

 - « Ah ! » fit-il. « Ça fait du bien de s’asseoir ! » Il se pencha alors vers elle, et ajouta : « Au fait, nous ne nous sommes toujours pas présentés ! Mon nom est Arôck! »

 - « Moi, c’est Cécilia. » fit timidement cette dernière.

 - « Et moi, je suis Maïko. »

 - « Ravi de vous connaître ! » dit-il en tirant son chapeau. « C’est bien ainsi que l’on fait, hein ?! »

- « Oh... oui. »

- « Bien, j’ai pas trop perdu mes manières, alors ! A part ça... vous avez faim, ou soif ? »

- « Soif ! » dit Cécilia.

- « Je vais vous chercher à boire. Attendez-moi ici, je reviens ! Le puits est là-dehors, juste derrière la maison. »

   Il sortit rapidement, pour revenir, quelques secondes plus tard, avec deux grandes choppes pleines d’eau.

- « Tenez, dit-il en leur en offrant une, j’ai pensé qu’une seule pourrait suffire pour vous deux, mais dites-moi si vous en voulez encore ! »

- « Merci ! »

- « Autrement... Cécilia ?! »

- « Oui, c’est ça. »

- « Oui, pour ta robe, je suis désolé, mais je n’ai rien à te proposer... »

- « Ça ne fait rien ! Vous avez déjà tant fait... »

- « Peut-être, mais ça ne doit pas être très agréable de porter une robe toute déchirée, et maculée de sang ! »

- « Ça ira, je vous dis ! »

- « Très bien... bon... alors maintenant, vous allez peut-être pouvoir me raconter comment vous êtes arrivées là ?! »

- « Si vous voulez... »

- « Oh ça, pour sûr que je le veux ! Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écouté d’histoires ! »

   Cécilia raconta donc, une heure durant, l’essentiel de ce qui leur était arrivé ces derniers jours. Et apparemment, elle réussit à captiver Arôck, puisque, le récit terminé, ce dernier resta silencieux pendant quelques minutes.

   Enfin, il reprit :

- « Eh bien ! Quelle histoire ! Si je ne l’avais pas entendue de ta bouche, et si je ne te considérais pas comme crédible, je crois tout bonnement que je n’y aurais jamais cru! C’est impossible ! Alors, comme ça, une bande des spectres est à tes trousses ?! Ils brûlent ton village, tuent tes amis, et continuent encore à te pourchasser ! Eh bien, il faut donc que tu sois une Elue, ou quelque chose du genre ! »

- « Je ne sais pas trop... » répliqua Cécilia. « C’est si étrange, que, des fois, j’ai l’impression que je suis en train de rêver... Mais je ne me réveille jamais ! »

- « Je crois que je te comprends... Ça doit être encore plus dur à vivre qu’à croire ! Je suis désolé pour tes proches, et pour... ce garçon, dont tu n’as pas pu t’empêcher de parler... »

- « Melt ?! » fit Cécilia, dont le cœur se mit à battre plus fort, au simple rappel de ce nom.

- « Oui... Tu l’aimais ? »

- « Bah, c’est-à-dire que... »

- « Oui, ça se sent ! »

- « Tant que ça ?! »

- « Oh oui ! S’il y a bien un domaine dans lequel je ne me trompe plus, c’est bien celui-là ! »

- « Pourquoi ?! »

- « C’est une longue histoire ! » répondit-il avec un sourire. « Mais je parie que vous aussi, vous aimez les longues histoires, pas vrai ?! »

- « Oh, oui, chacun son tour ! » s’excita Maïko.

- « Alors, j’y vais... J’imagine que vous vous demandez ce qu’un gars comme moi peut bien faire, à vivre ici, tout seul, dans la forêt ! Eh bien, je vais vous le dire...

   Je suis né à Mutlang, la capitale du comté d’Etz. Mon père était le plus riche marchand de la ville, et notre famille attirait bien des convoitises. Mais, moi, j’étais jeune, et je ne m’en souciais guère...

   Mon père mourut l’année de mon seizième anniversaire, et ma mère le suivit peu de temps après... Fils unique, il m’incomba donc la tâche de reprendre l’entreprise familiale. Et, ma foi, je m’y habituai assez rapidement, devenant, comme on dit, doué en affaires. Toute l’économie de la ville, et j’oserais même dire du comté, transitait par moi ! J’étais devenu l’un des hommes les plus puissants et les plus influents, mais j’étais jeune, trop jeune... et le destin me réservait bien des déceptions...

   Ainsi, un jour, alors que je rentrais chez moi, je tombais nez-à-nez avec une magnifique créature. Pour dire vrai, elle était la plus belle jeune fille que j’avais jamais vue. Aussitôt mon cœur se mit à battre fort, et j’étais tout troublé... Elle s’approcha de moi, et m’adressa la parole. Je lui répondis gauchement, et nous nous fixâmes - ou plutôt, elle me fixa - un rendez-vous pour le lendemain.

   Dès lors, nous ne nous séparâmes plus... J’étais fou amoureux d’elle, et je pensais que c’était réciproque. Je la demandai donc en mariage...

   Celui-ci eut lieu par une belle journée d’août. Je pensais être heureux, et passer là le plus merveilleux jour de ma vie, mais c’était sans compter sur la suite... Après le mariage - ô désillusion ! - elle s’avéra beaucoup moins aimante. Elle n’avait même presque plus d’égards pour moi, à part quand il s’agissait de me soutirer de l’argent ! Pourtant, je ne réagis pas à ce moment... Je ne sais pas vraiment ce que j’espérais... Toujours était-il que j’étais jeune, et que j’avais bien peu d’expérience...

   Je laissais donc les choses telles quelles, jusqu’au jour, où, en me levant, je ne la trouvai plus dans le lit, à côté de moi... Aussitôt, je descendis quatre à quatre les marches de l’escalier, pour trouver une lettre de sa main, posée sur la table du salon.

   « Je m’en vais ! » disait-elle. « Et je ne regrette rien... De toute façon, tu n’étais pas fait pour moi... Je te remercie pourtant, car grâce à toi, j’ai maintenant les moyens de trouver mieux ! Ne m’en veux pas (enfin pas trop)... »

   Elle venait, en fait, de s’enfuir, avec tout l’argent de l’affaire, qui périclita dès le lendemain... On peut dire qu’elle m’avait eu !! Et, non contente, d’avoir déjà dérobé mon argent, elle avait aussi ravi mon cœur ! Je l’aimais, mais elle ne m’aimait pas! Tout cela, elle l’avait feint ! Quel ignoble procédé ! Il faut être tombé bien bas, pour user de tels stratagèmes, dans lesquels une âme pure ne peut s’empêcher de tomber ! Elle avait abusé de moi, et m’avait tout pris !! Je n’avais plus que mes yeux pour pleurer ! Et c’est ce que je fis, tout en décidant de prendre l’exil... Je partis seul, loin de tout, dégoûté du monde, et après de longs voyages, je vins m’établir ici, où personne ne viendrait plus me déranger ! Oh, parfois je regrette ma décision, mais je me dis que c’est peut-être la meilleure après tout... »

   Puis, il releva les yeux vers Cécilia et Maïko, avant d’ajouter :

- « Encore que je sois très content de vous avoir aujourd’hui dans mon humble demeure, et de discuter avec vous. »

- « Vous... vous avez tout laissé tomber à cause d’une fille ? » demanda poliment Cécilia.

- « Oui, plus ou moins. Elle a emporté avec elle toutes les valeurs que je considérais jusqu’alors comme essentielles. Elle m’a tout volé ! Pourtant, c’est peut-être étrange, mais je ne lui en veux pas... »

- « C’est affreux ! » fit Maïko.

- « Oui, je ne sais pas ce qui peut pousser les gens à agir ainsi... Sans doute sont-ils eux-mêmes malheureux, ou bien, ils n’ont jamais connu l’amour, le vrai, et ils essayent de le remplacer par ce qu’ils peuvent, et, parfois, ils agissent bizarrement... Peut-être maintenant sait-elle ce qu’est l’amour, et combien il peut faire souffrir, et je l’imagine de temps en temps, rêveuse, les yeux vers le ciel, regrettant notre histoire... J’aimerais tant que ce soit vrai, mais c’est sûrement bien loin de la réalité, la connaissant ! »

- « C’est une bien triste histoire... » ajouta Cécilia.

- « Oh, ce n’est que l’histoire de ma vie, et elle vaut bien la vôtre ! »

- « Peut-être... »

- « Bien... Il est maintenant tard ! Si nous mangions ?! Vous dormirez ensuite ici, et, demain, je vous aiderai à sortir de la forêt. Il y a un petit village tout près, où vous pourrez vous acheter de nouveaux vêtements, et la route du nord vous emmènera à Graïss... »

- « Merci... Merci beaucoup pour tout ce que vous faites ! »

- « Je vous le répète : ça n’est rien ! Au contraire même, ça me fait très plaisir ! »

   Ce soir-là, Cécilia et Maïko couchèrent par terre sur des couvertures, après un copieux repas. Et le lendemain, en fin de matinée, elles partirent avec lui, de nouveau fraîches et disposes. Après une heure et demie de marche, la forêt se termina enfin, laissant place à de vastes champs de blé. Au loin, on apercevait un clocher.

- « Voilà ! » dit Arôck. « C’est ici qu’on se sépare ! Vous n’avez plus qu’à continuer droit devant vous, à-travers champs, et vous arriverez à Arhauss... C’est un joli petit village, et les gens y sont assez aimables. Vous y trouverez sûrement de l’aide ! »

- « Encore merci ! » dit Cécilia.

- « Oui, merci beaucoup ! » ajouta Maïko.

- « Non, c’est moi qui vous remercie. N’hésitez pas à revenir à l’occasion, vous serez toujours les bienvenues ! » Puis, il ajouta : « Voilà, c’est tout... Oh ! Non ! J’allais oublier ! J’ai quelque chose pour vous... »

   Il fouilla alors dans sa large poche, et en ressortit une petite bourse en cuir. Il la tendit à Cécilia en lui disant : « Tiens, c’est pour toi... C’est tout ce qu’il me reste de ma fortune ! Ça te permettra de t’acheter de nouveaux vêtements... »

- « Oh, non ! » fit Cécilia, gênée. « Je ne peux pas l’accepter ! »

- « Mais si ! De toute façon, ces quelques pièces ne me sont plus d’aucune utilité. J’ai ici tout ce qu’il me faut ! »

- « Merci, encore merci... » dit-elle en desserrant les cordons de la bourse, et en découvrant ainsi une vingtaine de pièces d’or. « Mais ! » ajouta-t-elle avec surprise. « Il y a ici une vraie fortune !! »

- « Toute fortune est relative... Pour moi, ces pièces n’ont plus aucune valeur! Alors, prends-les et fais-en bon usage ! Mais prends aussi bien soin de les dissimuler... J’ai appris, à mes dépens, qu’il est bien dangereux et insensé de montrer à tout le monde qu’on a de l’argent... »

- « Merci... merci... C’est trop ! »

- « Et si peu à la fois ! » ajouta-t-il en souriant. « Allez, au revoir, et puisse la bonne fortune vous sourire ! »

   Maïko et Cécilia s’éloignèrent alors de la forêt, laissant Arôck de nouveau seul, et partirent à-travers champs en direction d’Arhauss...